Anton VASSIL

 

Le Fiasco de Bush
(24 Mars 2003)

L'opération armée de Bush en Iraq constitue la plus grande erreur stratégique et militaire de l'histoire contemporaine. Si les aspects positifs d'une élimination d'un régime dictatorial sont souvent mis en avant, ils s'éclipsent totalement devant l'abondance des arguments qui s'opposent à cette intervention militaire :
 
1) Cette opération est techniquement illégale puisqu'elle ne se fait contre l'aval des Nations Unis, et plus en dehors de toute résolution autorisant l'action militaire.
 
2) Cette opération est antidémocratique puisqu'elle se déroule en désaccord flagrant avec une moyenne générale de 80% de l'opinion publique du monde. Cette statistique est applicable à tous les pays (à l'exception des Etats Unis, la Grande Bretagne et Israël) , même ceux dont les dirigeants se sont rangés (pour des raisons économiques) du coté de George Bush.
 
3) Cette opération est immorale, ayant été dénoncé fermement par la grande majorité des organisations religieuses du monde, en commençant avec le Vatican, toutes les organisations musulmanes, la majorité des églises protestantes. Elle se situe également en dehors des chartes des Nations Unis n'autorisant l'usage de la force qu'en cas de légitime défense. Ainsi selon Kofi Annane, l'opération est une guerre d'agression illégale en violation des critères de règles internationales.
 
4) Cette opération est fondée sur une base idéologique floue. Là où George Bush disait combattre le terrorisme et l'islamisme, aucune indication de lien entre les groupes Al Quaida et Saddam Hussein n'existe. Pire, l'Iraq, malgré sa dictature, reste le pays le plus laïc du Moyen Orient, et son dirigeant a été le plus fidèle allié de l'occident pour s'opposer à l'islamisation de la région. La guerre contre l'Iran se fit avec les encouragements et le soutien des Etats Unis pour combattre le régime islamiste de Khomeini. De plus, la haine de Saddam envers l'Arabie Saoudite rend d'autant plus invraisemblable l'hypothèse de lien entre l'Iraq et des réseaux Saoudiens de type Ben Laden de terrorisme islamique.
 
5) Cette opération est fondée sur la théorie selon laquelle l'Iraq représenterait un danger pour le monde à cause de ses armes dites "de destruction massive". Ceci pose le problème de motivation de l'Iraq. Quel intérêt y aurait-il pour un pays pétrolier comme l'Iraq d'agresser les pays qui sont ses clients pétroliers ? Combien de fois l'Iraq a été un agresseur contre l'occident ? Réponse : jamais ! Il a même été un de ses plus grands alliés lors de la guerre contre l'Iran islamiste. Certes l'Iraq a envahi le Koweït, mais cette dispute entre dirigeants arabes ne constituait certainement pas une agression contre l'occident. Au-delà, l'Iraq n'a jamais agressé un autre pays sauf Israël dans des conditions bien particulières et avec des moyens très modestes. En effet ; Saddam envoya quelques Scuds sur Israël pendant la guerre du Golfe. Dans la mesure ou cette attaque sporadique se fit en plein milieu d'une guerre et qu'Israël c'était rallié du coté de la coalition, on ne peut que situer cette attaque dans le cadre d'une tactique militaire stratégique, mais elle ne s'inscrit pas dans une volonté de mener une guerre contre l'occident.
 
6) En ce qui concerne le programme chimique ou bactériologique; au-delà de l'embargo économique et le survol quasi permanent de l'Iraq depuis 12 ans rendant tout programme d'envergure quasi impossible, il faut revenir aux faits: Pour ce qui est des armes chimiques ou bactériologiques, toutes ses armes furent vendues à l'Iraq par les pays occidentaux. Pendant la guerre contre l'Iran et à l'époque ou le gazage de population iraqienne et iranienne eu lieu, aucun pays occidental n'affirmait la moindre protestation. A présent, 12 ans plus tard, on revient sur ce sujet avec une hypocrisie inédite. Sous Thatcher, et avec le soutien officiel du gouvernement britannique, une usine d'armes chimiques fut construite en Iraq et dénoncée récemment comme une violation par Tony Blair. Pour le reste, la première affirmation de Bush, selon laquelle il y aurait un programme de développement d'armes nucléaires en Iraq, a été formellement démentie par les inspecteurs.
 
7) Cette opération et d'autant plus un fiasco, qu'elle se situe à une époque ou l'injustice d'une politique de répression de l'extrême droite israélienne envers les Palestiniens se présente comme le grand dossier du Moyen Orient. Le lien fait par les populations arabes entre une politique de répression militaire Israélienne sur la Palestine et une politique d'attaque militaire Américaine sur l'Iraq était inévitable. Par conséquent, la maladresse de George Bush est grossière. Comble de cet exemple de "mauvais timing " quatre jours après le début des opérations, le film documentaire " Bowling For Columbine " (film dénonceant la violence Américaine) gagne l'Oscar du meilleur documentaire. Pouvait-on imaginer un pire moment pour mener une telle opération ?
 
8) Chaque jour qui passe, l'erreur d'avoir mené cette opération sans la moindre réflexion approfondie discrédite d'avantage l'Amérique ceux qui la soutiennent. Les incidents s'accumulent. Alors que George Bush dénonce le non-respect des conventions de guerre lorsque apparaissent des prisonniers américains à la télévision, il oublie que l'Amérique détient en toute illégalité de prisonniers depuis presque deux ans en détention provisoires et sans aucun statu légal en dehors de toute convention. Alors qu'il dénonce la violation de l'Iraq des résolutions des Nations Unis, il oublie que sa propre opération est une violation du conseil de sécurité des Nations Unis flagrante, et que son plus proche allié dans la région, Israël, est également en violation des résolutions des nations Unis depuis des années.

Extraits de l'article "LE FIASCO DE BUSH"
de Anton Vassil.