- Dans Une Amérique
qui fait peur (Plon), vous dénoncez la dictature du «politiquement
correct», ces dogmes du multiculturel et du féminisme
qui ont abouti, selon vous, à diviser l'Amérique.
-
- Edward Behr
: Des principes à l'origine louables ont été
pris à la lettre dans un simplisme bêtifiant. Regardez
les universités américaines! Les féministes
dures y ont créé un climat d'intolérance
et de guerre des sexes. Lorsque des profs avouent qu'ils ont
peur de recevoir des étudiantes dans leur bureau, qu'ils
laissent leur porte ouverte de crainte d'être accusés
de harcèlement sexuel, j'estime qu'il y a malaise, perversion
des rapports humains normaux.
-
- Le harcèlement
sexuel existe. Et ces mesures ont apporté de réels
progrès.
- E.B. Il y a des limites à tout.
Lorsqu'on admet l'autorité de «commissaires»
féministes sur le campus, on aboutit à une oppression.
Regardez ces élèves mâles d'une université,
accusés de viols sans aucune preuve.
-
- Pour vous, l'Amérique
vit dans une névrose phobique du racisme et de la discrimination.
Mais il semble que le nouveau congrès américain
ne s'embarrasse pas de tolérance.
E.B. Derrière le langage respectueux du multiculturalisme
se cache, en effet, une réalité terrifiante: la
décrépitude du centre-ville de Los Angeles où
l'on se croirait à Kinshasa; l'attitude effrayante des
pouvoirs publics californiens qui ont fait voter une loi interdisant
les écoles et les services sociaux aux enfants d'immigrés
clandestins. Même Le Pen n'aurait pas proposé cela.
-
- Justement. Et la
fameuse rectitude politique?
E.B. Ça, c'est un retour de bâton. La conséquence
d'une inhibition de l'Américain moyen. Faute d'avoir pendant
des années abordé le problème ethnique autrement
que par un langage pudibond, l'Amérique a basculé
vers l'autre extrême, des solutions simplistes.
-
- Pour vous, c'est
la conséquence du dogme multiculturel.
E.B. On a cautionné l'isolement des communautés,
une forme de racisme à l'envers qui n'a fait qu'aggraver
les tensions entre Noirs et Blancs. Lorsqu'on voit que des clubs
universitaires, des dortoirs sont interdits aux Blancs, que des
idéologues noirs et pourtant racistes comme Jeffrey peuvent
diffuser leurs thèses en toute impunité, on ne
s'étonne pas que la société se morcelle.
Que le Blanc moyen se retranche dans de nouvelles villes forteresses.
-
- Vous n'y allez pas
de main morte pour dénoncer les mythes et folies américains...
E.B. Je déplore une dégradation du niveau
intellectuel en général et le déclin des
institutions: la justice est devenue une tribune de charlatans
de la psychanalyse. Cela aboutit à disculper les frères
Menendez, parricides vicieux, ou à faire condamner à
98 fois la perpétuité un directeur d'école
sur témoignage guidé de ses prétendues victimes.
C'est ce que j'appelle la tyrannie du simplisme.
-
- Quant au gouvernement, il s'est contenté
d'une approche superficielle des problèmes sociaux américains.
Et ce langage de la diversité, loin d'apaiser les tensions,
nous entraîne aujourd'hui, par une réaction populiste,
vers une logique d'affrontement social. Entre les nantis et les
défavorisés. Ça, ça fait vraiment
peur.
|